Un appel est lancé par des militants verts et par Dany Cohn-Bendit lui-même pour faire liste commune avec Nicolas Hulot et José Bové pour les
européennes de 2009. Je suis favorable à ce que cette piste soit explorée par les Verts et j’ai donc décidé de signer cet appel.
Comme je l’avais écrit dans
mon tout premier billet, un des objectifs de ce blog était de pouvoir retourner à mes précédents écrits
pour apprécier l’évolution ou la constance de mes idées ou analyses. L’occasion m’est donc donnée de m’y essayer. Cet appel est-il cohérent ou en rupture avec ce que je pensais auparavant ? Cette
comparaison est l’occasion de préciser ce que j’attends de ce rassemblement. Dialogue avec ma mémoire (ou ma conscience politique ?).
- Le
9 juin 2007, tu avais écrit qu’il fallait «
favoriser l’émergence d’alliances ou de candidatures uniques
ponctuelles avec d’autres écologistes ».
- Eh bien on y est. On ne peut pas à la fois dire qu’il y a une extrême urgence à modifier nos politiques et refuser de présenter des listes communes avec d’autres écologistes
sous prétexte qu’on n’est pas d’accord sur tout.
- OK, mais sur quel programme politique ? Certes ta phrase précédente se terminait par «
… sur un programme d’urgence écologique qui ferait consensus », en pensant à
un consensus très large au sein de tous ceux qui sont conscients de l’urgence écologique, mais tu as aussi écrit (dans le même billet !) qu’à vouloir élargir trop ce rassemblement, et à limiter
son programme à un large consensus, on risquait d’obtenir des élus qui «
ne prendraient jamais position sur toute question qui ne serait pas directement écologique et ne ferait pas consensus
au sein de tous les écologistes (des élus de seconde zone quoi…) ». Le
17 octobre 2007, exprimant tes doutes sur l’ «
œcuménisme écologique », tu écrivais aussi : «
un rassemblement des "écologistes de tout bord" dans un grand parti écologiste se heurterait rapidement aux mêmes contraintes et contradictions
: les premières mesures écologiques urgentes (susceptibles de les rassembler) ayant été obtenues ou esquissées, il faudra s'attaquer à des questions moins consensuelles, qui fondent un projet
politique global alternatif ». Par ailleurs la portée des mesures resterait forcément limitée. Ne peut-on pas obtenir mieux et plus vite ?
- C’est vrai qu’un rassemblement très large, même ponctuel, atteindrait vite ses limites. A la réflexion, je ne sais pas s’il serait intéressant. Mais le rassemblement
potentiel de ces 3 personnalités me laisse justement espérer que les points communs puissent être un peu plus profonds.
- Vraiment ? Mais tu étais critique sur la démarche de Nicolas Hulot en 2007 (voir
ici et
là) ! Tu as changé d’avis ?
- Je critiquais deux choses dans la démarche de Hulot : 1) de ne pas prendre conscience que l’ultra-libéralisme économique est incompatible avec la nécessaire mutation
écologique de nos sociétés, et 2) de ne pas prendre conscience que cette mutation nécessitait d’être des acteurs politiques et pas seulement des lobbyistes (même si ceux-ci ont un rôle très
important à jouer). Or de récentes déclarations sur le libéralisme économique suggèrent qu’il a évolué sur cette question, et la participation ou le soutien à la liste envisagée serait aussi la
marque d’une évolution. Par ailleurs, je n’ai jamais mis en doute sa sincérité écologique (contrairement à d’autres), même si j’ai pu souligner qu’elle était visiblement récente, ce qu’il ne
conteste pas d’ailleurs.
- Et Bové ? Il a activement soutenu le Non au TCE alors que tu as fais campagne
pour le Oui ?
- C’est vrai. Mais comme l’a souligné Cohn-Bendit, nous avons probablement de grandes convergences sur les réformes qu’il faudrait mener à bien en Europe dans le contexte
institutionnel de ce traité de Lisbonne. Et nous avons par ailleurs de nombreux combats communs.
- Mais il reste sans doute d’autres divergences avec Hulot et Bové, sur des questions moins strictement écologiques. Or tu as souvent écrit que tu étais
attaché à l’autonomie d’un parti politique qui soit généraliste, et non pas strictement environnementaliste, pour continuer à expliquer et
faire vivre le projet de société basé sur les
valeurs fondamentales des Verts. Est-ce que tu y renonces ?
- D’abord, il faut se souvenir que si on veut rassembler au-delà des Verts dans ces élections européennes, il va falloir accepter de s’unir à des gens qui ne pensent pas
exactement comme nous pour tout : sinon ils seraient chez les Verts ! Ensuite, il n’est pas, à ce stade, question de rassembler ces 3 personnalités dans un même parti mais dans une même liste. De
plus, comme je l’ai dit, il semble que le consensus puisse être beaucoup plus large que les strictes mesures écologiques « de base ». Cela reste à préciser bien sûr. Mais cela mérite d’être
tenté. Et puis enfin, si la question d’un même parti se pose plus tard, en raison de convergences effectivement plus profondes que prévues, et si ce parti est susceptible de jouer un rôle
important face aux partis dominants, je pense que ça méritera d’y réfléchir ; même si certains aspects moins partagés du projet des Verts risquent de ne pas y faire l’unanimité (au moins dans un
premier temps !) et contrairement à ce que je pouvais affirmer jusqu’alors. Mais on n’en est pas là : voyons déjà si ces trois-là peuvent s’entendre et sur quel projet politique européen.
- OK... bon sinon ça va toi à part ça ?
- Oui pas trop mal. [suite de l'entretien non retranscrit]
(PS le 29 mai 2008 : j'ai ajouté en commentaire le texte de la motion qui sera déposée au CNIR de juin : je trouve qu'il résume bien les choses)
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